[Tendance] Interview : Michael Boudes, pôle innovation chez Lesieur

Chaque mois, le service Recherche-Innovation de l’ANIA expose une nouvelle tendance en matière d’innovation. En mai, découvrez l’interview de Michael Boudes, responsable packaging chez Lesieur.

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Auteur

Devarneil Palama

Devarneil Palama

Chargée de mission Recherche & Innovation

Au sein de l’Ania, Devarneil PALAMA participe à la gestion de projet de Recherche et d’Innovation alimentaire à l’échelle nationale et européenne. Elle veille à répondre aux problématiques industrielles et au transfert des nouvelles connaissances par la vulgarisation des résultats des travaux menés.

 

Ingénieur agroalimentaire, elle se spécialise en Management du Risque Sanitaire Alimentaire et Environnemental.

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Intégré à la Direction R&I de Lesieur, le pôle Innovation et Développement Packaging travaille à la définition et implémentation des packaging de demain. Michael BOUDES, responsable de ce pôle nous partage son expertise !

QUELLE EST LA PLACE ACCORDEE AU PACKAGING CHEZ LESIEUR ?

Historiquement le packaging a toujours été un axe fort de Lesieur. Depuis les années 60 Lesieur intègre et fabrique une grande partie de ses bouteilles au départ en PVC et puis en PET à partir des années 80. Sur des marchés de commodité tels que les huiles le pack fait partie des éléments où l’on peut apporter une valeur ajoutée, et se différencier de la concurrence. Sur l‘activité condimentaire, le « terrain » de l’innovation est encore plus large tant sur  les recettes/textures que sur les variétés  d’emballages : pot verre, squeeze, tubes, sachets, distributeurs…

A QUELS CRITERES DOIVENT REPONDRE LE PACKAGING ?

Pour l’industriel, le packaging doit avant tout répondre à des critères règlementaires, permettre la conservation du produit tout au long de sa durée de vie, assurer la stabilité au transport. Ces prérequis restent néanmoins sans réelle valeur ajoutée pour le consommateur : il n’y a pas de marketing sur ses aspects. Pour le consommateur, les attentes se portent  plus sur la praticité, un emballage qui facilite la vie. Le packaging était auparavant développé essentiellement par rapport à des insights clients, des attentes consommateurs et distributeurs. Aujourd’hui, on essaie de les amener vers d’autres typologies de packaging et de les surprendre avec des innovations apportées par la technologie ! C’est la force de notre démarche : la R&I arrive à être force de proposition en étant moteur de développement de ces concepts.

QUELS SONT VOS ENJEUX AU QUOTIDIEN ?

En tant que responsable du pôle Innovation et Développement de Packaging, le premier enjeu est le bon pilotage par l’équipe de notre portefeuille projets que ce soit sur le court ou le long terme. Notre démarche interne permet d’animer et prioriser nos multiples projets. La complexité des projets ne doit pas interférer sur les réalités de délai de mise sur le marché. Il faut essayer d’être bon du premier coup !

Le deuxième enjeu est de veiller à retranscrire les priorités stratégiques de l’entreprise : créer de la valeur au travers des packagings et des innovations produits.

Le troisième enjeu est d’assurer la démarche de responsabilité sociétale de l’entreprise. On a un socle RSE dans la société, les packagings développés doivent être conforme à ce socle.

Le quatrième et dernier enjeu est l’optimisation économique : il faut trouver un optimum entre fonctionnalité et prix.

QUELS SONT LES DEFIS A RELEVER DANS LE FUTUR ?

Le packaging doit continuer à innover, à apporter de la valeur ajouté perçue par les consommateurs. Tout en offrant la praticité, l’emballage doit être de plus en plus vertueux et soucieux de l’environnement. La technologie et l’environnement doivent se rencontrer pour trouver son optimum.

Il faudra également réfléchir à la personnalisation. Les consommateurs veulent aujourd’hui un produit dans lequel ils s’y retrouvent.

Quel va être le rôle du digitalisation et de la connectique dans les packaging alimentaires ?

Le packaging doit alors accompagner l’évolution des attentes et du comportement des consommateurs, de la multiplication  des ventes via internet ou des types de points de ventes (segmentation, point de vente spécifique). Sur ce point, Lesieur espère jouer un rôle de leader !

>> PAROLE D’EXPERT

celineCéline Laisney a créé le cabinet AlimAvenir en 2013, après 10 ans passés à Futuribles, société d’études et de conseil en prospective, et 5 ans au Centre d’études et de prospective du Ministère de l’agriculture, en tant que chargée de mission Veille.

 

AlimAvenir propose aux acteurs publics et privés une expertise indépendante sur les évolutions passées et futures des comportements alimentaires, et exerce une veille permanente sur les nouveaux produits et services (agriculture, agroalimentaire, distribution, restauration). AlimAvenir a réalisé plusieurs études de prospective (Conseil régional Nord – Pas de Calais, Rungis, Organics Cluster, études stratégiques internes, etc.) et intervient régulièrement dans des colloques et conférences.

Tout comme son contenu, le packaging est influencé par les tendances de consommation et doit répondre aux nouvelles attentes des consommateurs. Ces derniers sont de plus en plus sensibles aux impacts environnementaux ainsi qu’au gaspillage, et plusieurs innovations sont actuellement développées dans ce sens : emballages recyclables ou compostables, refermables (notamment pour la charcuterie et les fromages en tranches), flacons doseurs qui permettent de verser la juste quantité, emballages « intelligents » (avec des capteurs donnant des informations en temps réel sur l’état du produit, ou encore qui changent de couleur quand l’aliment est périmé), etc.
Certaines pistes sont encore plus en rupture, comme l’emballage comestible. Il en existe quelques prototypes : les Wikicells de David Edwards, professeur à Harvard, des « perles » constituées d’une membrane composée d'alginate et de calcium enrobant des fromages, yaourts, soupes, glaces ou compotes, ou encore les « bulles » d’eau Ooho faites à partir d’algues par la start-up britannique Skipping Rocklab pour remplacer les bouteilles en plastiques. Mais ces solutions posent le problème de la sécurité sanitaire des produits, qui sont moins protégés des contaminations extérieures et sont également plus fragiles.
Les nouvelles applications du digital permettent enfin au packaging de devenir un support de communication élargi : aujourd’hui les QR codes, demain la réalité augmentée, peuvent être utilisés pour indiquer l’origine des ingrédients, montrer le processus de fabrication, donner des informations sur les engagements de la marque, et donc renforcer la transparence, une autre attente forte des consommateurs aujourd’hui.
Céline Laisney, directrice d’AlimAvenir, cabinet de veille et de prospective sur l’alimentation